Le Nüshu
Une écriture basée sur une culture féminine locale dont l’écriture a été le vecteur. C’est l’écriture des femmes de Jiangyong (江永女书), utilisée par les femmes uniquement, sur un territoire délimité au sud-ouest de la Chine, dans une vingtaine de villages avec pour fer de lance le village de Shangjiangxu. Elle est basée sur le dialecte local (le chengguan tuhua) qui est une variante du mandarin (le xiangnan). Elle était transmise entre les femmes uniquement et utilisée dans le cercle des brodeuses de Jiangyong. Écrite sur papier et tissu, elle servait à transcrire leurs chants, les légendes, à écrire des vœux pour le temple sur des éventails ou des chaussons, à écrire des vœux de mariage et à écrire des lettres de correspondance entre femmes. C’est une écriture qui ressemble aux caractères chinois, mais elle a une forme en losange (différente du carré où s’inscrivent les sinogrammes de « l’écriture régulière »). Les traits sont fins, effilés et c’est pour cela qu’on l’a aussi appelée ‘écriture de moustique’. À Jiangyong, les femmes ont un étage réservé dans la maison où elles pratiquent le Nügong 女红, c’est-à-dire un artisanat autour des travaux d’aiguilles. Elles se réunissaient pour broder, chanter des chansons traditionnelles, et écrire le nüshu. Elles n’apprenaient pas l’écriture officielle des sinogrammes qui était réservée aux hommes, mais les jeunes filles qui le désiraient apprenaient à écrire le nüshu, auprès des ainées de leur propre famille ou auprès d’autres femmes. Elles l’apprenaient au moyen des chants, qu’elles commençaient par recopier, puis quand elles savaient écrire les chants, elles commençaient à écrire leurs propres textes.
Texte et photo de Martine Saussure-Young nushu.fr – Droits de reproduction réservés et strictement limités
Source : www.nushu.fr